VILNIUS, 18 ANS, ET DÉJÀ CAPITALE EUROPÉENNE DE LA CULTURE (20minutes.fr, le 9 avril 2009)
« Nous sommes des Républiques teenagers ! » Guitariste du groupe lituanien Zimbabwe, Eliza Lozovska, piercing et cheveux courts, rigole quand il s'agit d'évoquer l'indépendance de son pays. Il y a dix-huit ans, les Pays Baltes s'émancipaient de l'URSS. Fêtées ce week-end à Lille pour le deuxième « Midi-Midi » d'Europe XXL, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont une fraîcheur juvénile. Décoiffante comme la vodka glacée avalée cul sec qu'on pourra boire samedi soir à l'Ice-bar du Tri Postal. Jolie façon pour Lille de souhaiter bon vent à ses héritières. Vilnius est capitale européenne de la culture cette année. Talinn le sera en 2011.
L'esprit ? Celui des soirées du club le Woo, tenté un jeudi glacial de mars. Des oeillets dans un petit vase blanc sur les tables, des tirages photo sur plexiglas et des lampes-tubes seventies. Autour, la jeunesse se trémousse, allègre. Mini-jupes de rigueur pour les filles. Toisons artistiquement décoiffées pour les garçons. Le tout sur des tubes des années 1980 - Kid Creole and the Coconuts ! - remixés. Comme une manière de vivre en concentré toutes les années manquées. Dynamisant. Autant que les concerts hardcore organisés dans l'ancien Centre culturel des cheminots, édifice soviétique affublé d'un énorme crochet d'acier. Car les Lituaniens sont devenus orfèvres dans l'art du détournement des restes staliniens.
L'ancienne imprimerie de La Pravda a longtemps été squattée par les danseurs et comédiens qui prenaient leur revanche. « La danse contemporaine n'a qu'une dizaine d'années d'existence chez nous, révèle Kristina Savickiene, la porte-parole du Arts Printing House. Elle était interdite par le régime soviétique. » Le lieu va bientôt devenir une impressionnante maison de la culture.
Avec ses trois millions d'habitants, le pays change à grande vitesse, comme en témoigne la City, quartier champignon d'immeubles de verre qui a poussé sur les rives de la Neris. C'est qu'il a intérêt à retrousser ses manches, rien que pour trouver sa place. « Vilnius n'existait même pas sur les cartes de l'URSS », note Eliza Lozovska. Au centre d'art contemporain, les badges des guides symbolisent désormais un gros point rouge sur un morceau d'atlas. Exister. Etre capitale européenne de la culture.
Mais tourner le dos à l'histoire n'est pas si simple. Dans la salle d'attente de la gare routière, des photos de visages ridés ornent les murs. Quelques-uns des 118 000 Lituaniens déportés il y a soixante ans en Sibérie, sur ordre de Staline. « Nous avons des racines profondes, rappelle Paulus Tamolé, danseur et comédien. Mais nous sommes également très jeunes. Alors nous devons faire attention à ne pas perdre notre identité en nous ouvrant au monde. » Une quête identitaire, en somme. Normal quand on a 18 ans.
Stéphanie Maurice Envoyée spéciale à Vilnius